‘‘Le MGC, le COJEP et une partie de la société civile veulent une rupture d’avec l’ancienne CEI’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 9 juin 2026 — Presqu’un mois après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), plusieurs partis d’opposition et organisations de la société civile ont dévoilé, lundi 8 juin, un projet de réforme profonde du système électoral ivoirien, avec la création d’un nouvel organe baptisé « Haut Conseil électoral » (HCE).
Portée notamment par le COJEP, le MGC de Simone Ehivet Gbagbo et le PEC-CI, cette initiative ambitionne de remplacer l’actuelle architecture électorale par une institution présentée comme « totalement indépendante » du pouvoir exécutif et des partis politiques.
Une réforme présentée comme une rupture
Dans un document de présentation rendu public à Abidjan, les promoteurs du projet estiment que les différentes crises électorales traversées par la Côte d’Ivoire depuis le retour du multipartisme ont mis en évidence « la fragilité de la confiance » entre les acteurs politiques et les institutions chargées des scrutins.
Selon eux, la CEI, malgré plusieurs réformes successives, serait restée « prisonnière des rapports de force politiques » en raison de la présence directe des partis politiques dans sa gouvernance.
« Nul ne peut être simultanément juge et partie », affirme le texte, qui plaide pour « une administration électorale véritablement indépendante, professionnelle et impartiale ».
Le futur Haut Conseil électoral serait ainsi composé de onze personnalités issues exclusivement de la société civile et désignées à l’issue d’un processus parlementaire présenté comme transparent.
Un mandat illimité qui suscite déjà des interrogations
Le projet prévoit plusieurs innovations institutionnelles, parmi lesquelles un mandat à durée illimitée pour les membres du HCE, avec une limite d’âge fixée à 90 ans.
Les promoteurs du texte justifient ce choix par la volonté de protéger les futurs conseillers électoraux des « pressions politiques » et de garantir leur indépendance.
La désignation des membres passerait par une commission parlementaire spéciale composée de représentants de tous les groupes politiques de l’Assemblée nationale. Des appels publics à candidatures, des enquêtes de moralité ainsi que des auditions publiques filmées sont également prévus.
Le texte propose en outre une autonomie financière renforcée de l’institution, avec des crédits inscrits automatiquement au budget de l’État et versés sur un compte dédié au Trésor public.
Simone Gbagbo à la manœuvre
Les auteurs de la proposition précisent que cette réforme est issue « d’une réflexion inclusive menée par les forces vives de l’opposition et les organisations de la société civile », sous l’impulsion de Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des générations capables (MGC).
L’ancienne Première Dame ivoirienne apparaît depuis plusieurs mois comme l’une des figures les plus actives des discussions sur la réforme du système électoral à l’approche des prochaines échéances politiques.
Un débat politique relancé
Cette proposition intervient dans un contexte politique sensible marqué par les débats sur les conditions d’organisation des futures élections et les appels récurrents de l’opposition à une réforme consensuelle du système électoral.
Pour ses initiateurs, la création du HCE vise à « restaurer la confiance des citoyens dans le vote » et à garantir « la sincérité des résultats électoraux ».
Aucune réaction officielle du gouvernement n’avait encore été enregistrée lundi soir. Mais plusieurs observateurs estiment déjà que cette proposition pourrait relancer le débat sur la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire, à quelques mois de nouvelles échéances politiques majeures.