En ce neuvième jour de campagne présidentielle, le stade Félix Houphouët-Boigny s’est transformé en un océan de drapeaux orange, blanc et vert. Des milliers de jeunes venus des quatre coins de la Côte d’Ivoire s’y sont rassemblés pour réaffirmer leur soutien au Président-candidat Alassane Ouattara, à l’invitation de Mamadou Touré, directeur national de campagne en charge de la jeunesse. Ce grand meeting du samedi 18 octobre 2025 s’est voulu bien plus qu’un simple rassemblement électoral : il a pris les allures d’un rituel politique, d’un rendez-vous générationnel entre un chef d’État en quête de continuité et une jeunesse appelée à incarner l’avenir.
Face à cette marée orange et blanche, le candidat du RHDP a tenu un discours d’assurance et de transmission : « Voter pour ADO, c’est voter pour la stabilité et la prospérité », a-t-il martelé, rappelant qu’il s’est porté candidat “pour la jeunesse”, celle qu’il dit vouloir voir “apprendre, travailler, entreprendre”. Dans un ton paternaliste, presque affectif, Ouattara s’est posé en garant d’un avenir apaisé, d’une Côte d’Ivoire “qui avance, qui rêve”.
Pour lui, cette jeunesse, “énergie et avenir de la Côte d’Ivoire”, demeure au centre du projet national : contribuer à bâtir un pays moderne. Ce discours, familier et rassurant, s’adresse à une génération qui n’a connu que le “système Ouattara”, mais à qui le président veut faire croire que le meilleur reste à venir.
La mise en scène était calculée. La jeunesse du RHDP, en rangs serrés, reprenait en chœur le slogan du parti : “Un coup KO”. Dans cette chorégraphie politique bien huilée, les mots d’ordre de fidélité et de continuité dominaient. Gnambrohou Guy Chadrac, porte-parole des jeunes, a donné le ton : « Pour la stabilité, c’est ADO. Pour la paix, c’est ADO. Le 25 octobre, c’est un coup KO. » Le message est clair : le pouvoir se perpétue dans la stabilité, et la stabilité passe par la continuité du leadership.
Mais au-delà des slogans, cette rencontre fut aussi une revendication de bilan. Mamadou Touré, figure de proue d’une nouvelle génération politique formée à l’école Ouattara, a dressé l’inventaire des quinze années de gouvernance : 3,5 millions d’emplois créés, plus de 822 000 bourses attribuées, 263 antennes de l’Agence Emploi Jeunes, 9 universités construites, 193 000 jeunes financés dans l’entrepreneuriat. Des chiffres qui traduisent une réelle ambition, mais aussi un enjeu de communication : rappeler que l’État n’est pas resté inactif, que la jeunesse n’a pas été oubliée.
La stratégie du RHDP repose ainsi sur un double pari : institutionnaliser la jeunesse tout en l’intégrant dans le récit national. Car en Côte d’Ivoire, la jeunesse n’est pas seulement une catégorie démographique ; elle est une force politique, sociale et symbolique. Elle incarne l’avenir, mais aussi les tensions de l’époque : l’aspiration à la réussite, la peur du chômage, la quête de reconnaissance. En la mobilisant autour de sa personne, Ouattara cherche à en faire le pilier de sa légitimité politique et la garante de la stabilité institutionnelle.
Le discours du Président sortant n’était donc pas seulement électoral. Il était, en filigrane, un discours de transmission et de souveraineté politique. Derrière les appels à voter, se profilait un message plus profond : celui d’un pouvoir qui veut se prolonger en se réinventant, d’une autorité qui cherche à se régénérer à travers la jeunesse. Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 35 ans, la bataille de l’avenir se joue ici, dans les tribunes d’un stade devenu agora nationale.
Le meeting du FHB aura ainsi servi de vitrine et de signal. Une vitrine pour montrer que le RHDP garde la main sur la rue, la ferveur et les symboles. Un signal, aussi, à une opposition encore fragmentée : la majorité compte sur la jeunesse, et la jeunesse, du moins celle visible ce jour-là, semble encore croire au projet Ouattara.
À l’heure où la Côte d’Ivoire entre dans une nouvelle phase de son histoire politique, cette journée marque la réaffirmation d’un pacte : celui d’un président qui promet la stabilité contre les incertitudes, et d’une jeunesse qui, entre espoir et loyauté, continue d’y voir la voie la plus sûre vers l’avenir.
La Rédaction